Brigit Helms dans « la finance pour tous (Construire des systèmes financiers inclusifs) » publiée en 2006 sous le label du Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP) a eu a dressé la trajectoire de ce qu’on appelle au jour d’hui « la micro finance » et qui revêtait des formes et appellations différentes selon les époques.

Il est noté dans cet ouvrage que depuis des siècles des groupes informels d’épargne et de crédit fonctionnent dans les régions du monde en voie de développement. Des expériences au moyen âge en Europe où un moine italien crée la première boutique de prêt sur gage en 1462 pour lutter contre les pratiques d’usuraires. En 1515, le pape Léon X autorise les boutiques de prêt sur gage à facturer des intérêts pour couvrir leurs coûts de fonctionnement.

Au 18 ème Siècle Jonathan Swift crée le système de fonds de prêt irlandais, au 19 ème siècle le concept de coopérative financière est mis au point par Friedrich Wilhelm Raiffeisen et ses disciples en Allemagne. Début 20 ème siècle des formes adaptées de ces modèles commencent à faire leur apparition dans certaines zones rurales en Amérique latine. Début des années 1970, le microcrédit voit le jour avec des pionniers comme la Gramen Bank au Bangladesh, ACCION International qui démarre en Amérique latine et la Self-Employed Women’s Association Bank en Inde.

Les années 80, les programmes de microcrédit qui fonctionnent dans le monde entier améliorent leurs méthodologies d’origine.

Ainsi ont vu le jour au Sénégal des expériences intéressantes sous forme de projets au départ avant leur institutionnalisation avec les exemples de l’Alliance de Crédit et d’Epargne pour la Production (ACEP) et le Crédit Mutuel du Sénégal (CMS).

Début des années 90, le terme « micro finance » commence à remplacer le terme « microcrédit ». Le secteur ne se limite plus au simple crédit, mais également l’épargne et d’autres services, tels que l’assurance et les transferts d’argent.

Au jour d’hui les cloisons qui séparaient la micro finance traditionnelle et l’ensemble du système financier commencent à s’estomper. Dans certains pays, les banques et d’autres intervenants commerciaux s’intéressent à la micro finance. Le nouvel ordre du jour est de mettre en place des systèmes financiers inclusifs qui servent aussi les pauvres. Cette trajectoire ainsi décrite dans l’ouvrage de Helms dissipe les divergences conceptuelles et philosophiques pour ne laisser la place qu’aux considérations qui prennent en charge les préoccupations d’accès à des services financiers aux populations particulièrement pauvres ou vulnérables.

Un autre enseignement à tirer est le processus de transformation institutionnelle qui a fait évoluer le concept de Groupement d’épargne, ou Tontine dans les pays comme le Sénégal à la micro finance en passant par le microcrédit. Cette tendance introduit un nouveau paradigme à savoir la finance inclusive. Dans ce cadre Banque, Etablissement de crédit, Institution de micro finance vont devoir cohabiter pour servir un marché avec différents segments dont les exigences en terme de services financiers nécessitent pour ce qui de notre espace UEMOA des réformes encore plus poussées afin que les Institutions de micro finance puissent améliorer davantage leur gamme de produits et services.

Si dans diverses régions du monde nous pouvons noter des progrès significatifs notamment en Asie du sud est, en Amérique latine et en Afrique de l’Est sur les défis de la transformation des Institutions de micro finance, force est de reconnaître contrairement aux thèses généralement développées que l’Afrique occidentale plus particulièrement dans l’espace UEMOA, les Institution de micro finance ne sont pas confrontées aux mêmes défis car il s’agit pour elles de renforcer davantage le professionnalisme dès lors que les fonctions de mobilisation d’épargne, de distribution du crédit ont été consacrées par la loi 2008 47 du 3 septembre 2008. Un autre point d’acquis important dans cette marche vers l’inclusion financière est purement conceptuel. En effet, dans l’espace UEMOA, les Institutions de microf inance sont désignées sous le vocable de système financier décentralisé (SFD). Ceci pour dire la vision très révélatrice du rôle et de la place qu’accordent les pouvoirs publics en l’occurrence la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à la micro finance. Cette marque de considération est d’autant plus fondée que la BCEAO a renforcé le dispositif de contrôle des SFD avec la mise en place d’un certain nombre d’instructions et de normes prudentielles parfois comparables à celles des banques classiques.

En même temps la BCEAO se souci de la viabilité du secteur des SFD en mettant en œuvre avec l’avènement du nouveau Gouverneur Monsieur Tiemoko Meyliet Koné des chantiers comme la mise en place d’un fonds de solidarité des SFD, le fonds de garantie des dépôts, le crédit bureau, etc.

Il convient de souligner que cette nouvelle approche de la BCEAO qui encourage principalement les SFD a participer pleinement au financement de l’économie tout en veillant au dispositif de contrôle interne pour mitiger les risques est déjà très bien appréciée par les acteurs que nous sommes. Toutefois, il est important de poursuivre les réformes en vue de construire de véritables systèmes financiers inclusifs en concédant aux SFD la possibilité d’accéder au Guichet de la BCEAO, au chéquier, et d’être éligible directement comme opérateur de transfert d’argent sans passer par les banques et ce à certaines conditions le cas échéant.

Enfin, 50 ans après sa création, la BCEAO a su s’affirmer comme véritable socle et garante de notre intégration économique et monétaire. Nous prions qu’elle poursuive sa mission encore avec davantage de succès au profit de tous les pays de la zone.

Mohamed Ndiaye Directeur général du Crédit Mutuel du Sénégal

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