Afrique-Cinquantenaire du Tchad : La Commémoration du cinquantenaire de l’indépendance du Tchad est un événement à « caractère symbolique » selon son consul au Sénégal, son Excellence Monsieur Salah Mahmoud OusmaneA l’occasion de la commémoration du Cinquantenaire de l’Indépendance du Tchad, ce mercredi 11 aout 2010, la Dépêche Diplomatique Afrique a tendu son micro à son Excellence, Monsieur Salah Mahmoud Ousmane, consul honoraire du Tchad au Sénégal. Ce diplomate avéré, en terre sénégalaise depuis 8 ans, dresse de façon exhaustive, le bilan des cinquante ans de l’accession de son pays à la souveraineté internationale et les enseignements à y tirer. Il revient également et largement sur la coopération sénégalo-tchadienne, sur ses perspectives futures, ainsi que sur les différentes actions que mène la représentation diplomatique tchadienne accréditée au Sénégal. Ardent défenseur des Etats-Unis d’Afrique, Monsieur SALAH, comme l’appelle ses compatriotes, donne ici, les raisons pour lesquelles l’union de l’Afrique semble devenir de plus en plus une nécessité. Entretien.
La Dépêche diplomatique Afrique: Excellence, le Tchad va célébrer ce 11 août le cinquantenaire de son indépendance, que revêt cette commémoration ?
Monsieur Salah Mahmoud Ousmane : Cette commémoration comme pour tous les pays qui fêtent les 50 ans leur souveraineté internationale, revêt un caractère symbolique. C’est un évènement marquant qui rappelle que les tchadiens ont eu à gérer leur pays depuis cette date qui est, en guise de précision, le 11 novembre 1958 (date de la proclamation de la République tchadienne). L’indépendance a été ensuite fêtée le 11 août 1960. C’est à partir de cette date que les tchadiens ont pris la destinée de leur pays et se sont attelés souverainement sa gestion politique, économique et sociale. La DDA : Aujourd’hui, votre pays est perçu comme un point de passage entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Pouvez-vous nous parler des autres particularités qui font la richesse du Tchad ? Monsieur Salah Mahmoud Ousmane : La particularité la plus significative au Tchad, c’est surtout d’abord l’harmonie entre les grandes religions monothéistes. En effet, le Tchad compte environ 52% de musulmans dont la plupart d’entre eux sont des éleveurs et 48% de chrétiens dont la majorité pratique l’agriculture. Ensuite, la cohabitation pacifique entre les différentes ethnies malgré plus de deux cent cinquante langues vernaculaires parlées dans le pays. La DDA : Le sommet de la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens (CEN-SAD) vient de se tenir à N'Djaména et on voit de plus en plus que le Tchad à une volonté ambitieuse dans ces organismes internationaux, est-ce une volonté politique de la part de l’actuel gouvernement ? Le Tchad vient d’accueillir au mois de juillet dernier le 12ème sommet des Chefs d’Etat et Leaders de la CEN-SAD, et un sommet extraordinaire est prévu au cours du mois d’octobre 2010. Auparavant, d’autres grands sommets se sont tenus tel que : celui sur la Grande Muraille Verte. Ce projet de grande envergure relie Dakar à Djibouti en passant par le Tchad. Au cours de ce sommet, les Chefs d’Etat ont procédé à la signature de la Convention portant création de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte. Le siège provisoire de ladite Agence est à N’Djamena et cela montre à quel point N'Djaména donne une place importante à l’action internationale commune. Aussi, le premier sommet des chefs d’Etat de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique des Droits des Affaires s’est tenu en décembre 2009. L’OHADA regroupe 16 pays. Neufs chefs d’Etats ont fait le déplacement de N’Djaména. En matière de coopération politique étrangère, le Tchad joue et tente également d’apporter sa partition significative pour l’avancée de l’Afrique. En perspective du 8ème Forum Mondial du Développement Durable 2010, le Tchad abritera la Session Afrique du 24 au 26 octobre 2010 dont le thème principal est « Sauver le lac Tchad » La DDA : Aujourd’hui quels sont les axes de la coopération entre le Sénégal et le Tchad ? Monsieur Salah Mahmoud Ousmane : Vous savez le Président Idriss Itno et son homologue sénégalais Me Abdoulaye Wade entretiennent des rapports particuliers. Ils partagent bons nombres d’idéaux dont la création des Etats-Unis d’Afrique, cher aux deux chefs d’Etat. Le président Deby adhère entièrement à cette option du chef d’Etat sénégalais. Il faut rappeler que le Tchad et le Sénégal sont membres des mêmes organisations régionales sous-régionales en dehors de la CEDEAO. Le Sénégal regorge de potentialité énorme en matière des ressources humaines, il y a beaucoup de sénégalais qui apportent leurs savoir faire à plusieurs structures étatiques et paraétatiques du Tchad surtout l’enseignement supérieur. La DDA : Comment s’organise votre activité diplomatique au Sénégal et quelle sont les secteurs qui sont concernés par la coopération sénégalo-Tchadienne ? Monsieur Salah Mahmoud Ousmane : En fait, le consulat de Tchad vient s’implanter au Sénégal mais nous avons de très grandes ambitions. Nous savons que le Sénégal est un pays qui bénéficie d’un système éducatif performant. C’est pourquoi, nous œuvrons, d’arrache pied, pour asseoir une coopération technique durable entre nos deux pays dans le domaine de l’enseignement supérieur, sportif et culturel. Aussi, nous envisageons de développer le secteur d’appui au développement sachant déjà qu’il ya beaucoup de cadres et d’experts sénégalais, de différents domaines qui font de la consultance à N’djaména. Il ne faut pas oublier que le Tchad est un pays qui a connu plus de quarante ans de guerre civile ce qui fait qu’il accuse un retard considérable. Dans ce sens, le Sénégal peut nous apporter un soutien certain. Aujourd’hui, il est rassurant de voir que la plupart de travaux au niveau des infrastructures au Tchad sont confiés à des entreprises sénégalaises qui évoluent dans la construction de routes et de bâtiments. Et ceci matérialise l’esprit d’échange et de coopération sud-sud que prône le président Idriss Deby Itno. La DDA : Quelles sont les activités que le consulat mène à l’endroit des tchadiens vivant au Sénégal ? Monsieur Salah Mahmoud Ousmane : On est en consultation permanente avec les ressortissants tchadiens au Sénégal. Nous avions mené une action conjointe avec l’Association des travailleurs tchadiens au Sénégal (ATTS) et celle des étudiants, élèves et stagiaires tchadiens, une action conjointe pour accueillir le président Deby lors de la commémoration du cinquantenaire des indépendances du Sénégal. Le consulat s’appuie sur ces structures pour mener la plupart de ses activités. C’est pourquoi, nous sommes en contact permanent avec les différents responsables de ces organisations pour échanger et diversifier nos activités. D’ailleurs, nous sommes en train d’organiser la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Tchad ici même à Dakar. A cet effet, un comité regroupant les travailleurs, étudiants et résidents a été mis sur pied. Il y a une forte communauté tchadienne au Sénégal et surtout de femmes tchadiennes mariées à des sénégalais et elles ont une part importante dans le renforcement des liens entre nos deux pays et nos deux peuples. La DDA : On sait que le Tchad occupe une position centrale dans la sous-région notamment avec sa position géographique très stratégique. Quels sont les projets que N’Djaména a entamé pour diversifier sa coopération avec voisins ? Monsieur Salah Mahmoud Ousmane : D’importants projets sont en train de se dérouler en collaboration avec les Etats voisions du Tchad. Par exemple, avec le Soudan le prolongement du chemin de fer de Nyala (à l’Ouest du Soudan) jusqu’à Abéché (Est du Tchad). Avec le Cameroun, on a également d’énormes initiatives communes. Le pétrole tchadien traverse le Cameroun et les tankers s’approvisionnent au terminal flottant de Kribi. Ainsi le chemin de fer qui s’arrête à Ngaoundéré (800 km de N’Djaména), une étude est en cours pour procéder à son prolongement jusqu’à Moundou, la capitale économique du Tchad. La DDA : Cinquante ans après les indépendances, les Etats-Unis d’Afrique tardent à se réaliser et d’aucun pensent que se serait pour l’Afrique, la porte pour sortir du sous-développement, pensez-vous de la sorte ? Monsieur Salah Mahmoud Ousmane : Effectivement ! C’est un constat amer.Vous savez, aujourd’hui, même les pays Européens cherchent à s’unir, à agrandir leurs espaces, pourquoi pas nous ? Les Etats-Unis d’Amérique sont la composition de différents Etats fédérés. L’Europe est passée de celle des 6, 8, 12, et actuellement ils sont au nombre de 27 devenant une vraie puissance économique et politique. Vous voyez un peu l’opportunité qu’offre l’Union. Un pays africain, pris individuellement, ne pèse généralement pas. Il faut absolument que ce projet aboutisse afin que l’Afrique puisse parler désormais d’une voix unique, pesante et influente dans le concert des Nations. Il faut déplorer le fait que l’Afrique n’arrive point encore à siéger au Conseil de Sécurité de l’Onu car divisée. Si les Etats-Unis d’Afrique se matérialisaient, c’est sûr qu’on aura au moins un siège qui représentera la voix de l’Afrique dans cette haute sphère de décision. Je lance ainsi un appel pressant à tous et surtout à la jeunesse Africaine qui est la relève de demain, à agir dans cet esprit d’union pour que demain l’Afrique puisse occuper une place de choix dans les importantes décisions du monde. La DDA : La Dépêche diplomatique Afrique vous remercie Propos recueillis par Cheikh Saad Bou SEYE et El Hadji Alassane Diallo Mercredi 11 Août 2010
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